Mercredi 6 avril 2011 3 06 /04 /Avr /2011 21:59

 

Je ne me souviens ni du jour, ni du mois d’ailleurs, la seule chose dont je suis certain c’est que cette journée aurait pu être ma dernière.

Mon cousin Didier devait avoir sept ans et moi à peine trois de plus, nous faisions route à bicyclette vers un petit bois en bordure d’une route nationale.

A cette époque les enfants aimaient se retrouver dans les bois pour y construire des cabanes.

Nous venions tout juste d’arriver quand mon cousin remarqua quelque chose posée bien en évidence sur une souche, il s’en empara et s’écria :

 " Regarde Marco un petit vase ! " .

En même temps il commença à jouer avec l’objet le triturant entre ses doigts...

Je n’en croyais pas mes yeux, pour la première fois j’étais en présence de cette chose lisse et pansue que le hasard de quelques lectures m’avait fait découvrir.

Je criai aussitôt à l’adresse de mon cousin :

" Attention c’est une grenade !  

- Une grenade ? répondit-il.

- Oui, dis-je, une grenade de la guerre, c’est comme une bombe, faut pas y toucher, ça peut exploser ! ".

Alors Didier proposa de l’emporter chez ses parents... j’ignore pourquoi j’ai accepté, peut-être la fierté de ramener notre découverte ?

Le cousin déposa l’arme dans une des sacoches de son petit vélo et nous prîmes la route.

Je le laissais me précéder d’une quinzaine de mètres et observais avec inquiétude les effets des secousses dues au mauvais état de la chaussée sur l’arrière de sa bicyclette.

En chemin je regrettais déjà notre décision mesurant de plus en plus le danger, mais il était trop tard les dés étaient jetés.

Didier habitait dans les communs du château du village. Excités nous gravîmes les escaliers quatre à quatre, mon cousin poussa la porte exhibant la grenade dans sa main tel un trophée:

" On a trouvé ça ! lança-t-il fier de lui ".

Ma tante Andrée, Gisèle la propriétaire du château et une autre dame dont j’ai oublié l’identité étaient là tranquillement installées prenant le café.

Un malaise suivi d’un murmure réprobateur parcourut l’assistance…

Rapidement les trois femmes se levèrent.

" Vous êtes fous ! hurla ma tante, et toi Marc qui es le plus grand tu laisses ton cousin toucher à ça, tu ne te rends donc pas compte !…"

Bien oui j’étais le plus grand, mais je n’avais quand-même que dix ans…j’aurais voulu dire que si je n’avais pas été là il l’aurait peut-être fait sauter la grenade le cousin, et lui en même temps…mais à quoi bon, j’étais en faute et je sentais la panique s’installer.

Gisèle la dame du château une gentille personne un peu forte réquisitionna l’arme et descendit les marches prudemment tenant l’objet du délit à bout de bras. Tout ce remue-ménage alerta le locataire du rez-de-chaussée Edouard le vieux gardien, il se fit remettre la grenade, confirma la dangerosité de l’engin et prit en main la suite des opérations.

L’homme traversa la cour en direction du parc du château, nous le suivions en respectant une bonne distance de sécurité.

Je n’étais pas très rassuré et pensais dans ma petite tête de gosse : " Si il saute le vieux ça va être ma fête ! " 

Il nous faisait peur à nous les enfants le père Edouard par son aspect inquiétant, des yeux délavés, des paupières inférieures tombantes et retournées ainsi qu’un goitre volumineux lui donnant une allure de hamster. Il était souvent de mauvaise humeur, n’aimait guère les gamins et encore moins les chats qu’il trucidait par plaisir.

Son jeu préféré consistait à entrebâiller légèrement la lourde porte d’entrée qui permettait aux habitants d’accéder à leurs logements situés aux étages et dès qu’un félin se glissait dans l’interstice il refermait brutalement lui broyant ainsi les os…

Le gardien arriva finalement au bord de la rivière et balança la grenade …à son  "  plouf  "  dans l’eau succéda un " ouf  " unanime de soulagement …

De nos jours le petit bois a fait place à un parking, subsistent simplement plusieurs groupes d’arbres abritant de leurs feuillages quelques bancs vandalisés.

Une question restera sans réponse, quelle pouvait-être la motivation de la personne ayant déposé cet engin  mortel dans un bois fréquenté par des enfants ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Par Marc.Gino - Publié dans : Textes - Communauté : partage
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