Mardi 15 février 2011 2 15 /02 /Fév /2011 19:36

 

Deux heures du matin, un vent glacial de janvier souffle sur Paris.

En hurlant plusieurs skinheads remontent la rue Lepic donnant du pied dans une canette de bière. Leur projectile termine sa course contre un homme endormi dans un sac de couchage au milieu de déchets et de bouteilles vides. Les " crânes rasés " l’entourent, l’insultent en le frappant de leurs chaussures ferrées, celui qui semble être leur chef urine alors sur le visage du sans-logis. Satisfaits d’eux ils repartent reprenant leur jeu.

Le calme est maintenant revenu, seuls les sanglots de la victime s’échappent par saccades tandis qu’un tremblement nerveux parcourt son corps endolori. A demi conscient Clément Guérard, car c’est son nom, songe à sa vie, la vie d’avant, celle où il était chef du personnel dans une importante société et que les employés par respect  l’appelaient " monsieur Clément ".

Il louait alors un superbe appartement de 150m2 rue Monge dans le cinquième arrondissement.      Son épouse était du genre plutôt bien faite, elle le savait et en jouait, elle n’avait jamais voulu avoir de descendance prétextant que c’était chiant les enfants. Madame Guérard ne travaillait pas mais dépensait sans compter grâce au gros salaire de son mari.

 Un jour, comme ça, il reçut une lettre, il était remercié comme on dit et en plus pour éviter de lui verser une indemnité conséquente on lui collait une faute grave sur le dos. Il se disait que c‘était impossible, certainement une erreur, l’entreprise ne pouvait pas se passer de lui et tirer un trait aussi facilement sur vingt ans de sa vie…Bien non, ce n’était pas une erreur mais simplement les actionnaires qui en voulaient plus, toujours plus de fric et ils s’en foutaient royalement de monsieur Clément ces gens là ... Jamais il n’aurait imaginé cela, cette société  était pour Guérard comme une famille, quelle ingratitude pensait-il…

Finalement, reprenant courage et certain de ses capacités Clément  Guérard s’était lancé dans la bataille pour retrouver un emploi. Pendant des mois et des mois sans relâche il s’était démené, mais rien, jamais rien…et toujours les mêmes réponses : trop qualifié ou trop âgé ou bien les deux à la fois.  Pourquoi vouloir faire travailler les personnes au delà de soixante ans si à quarante huit on était déjà trop vieux se lamentait Guérard.

Puis les fins de mois devinrent difficiles, le couple se déchira, l’épouse ne supportait plus de se serrer la ceinture. A la fin, le foin manquant au râtelier la belle pouliche changea d’écurie, en l’occurrence pour la luxueuse résidence d’un joailler de leurs fréquentations.

Ce fut la descente aux enfers de Clément, tout s’écroulait autour de lui, après son emploi perdu, sa femme dont il était si fier l’abandonnait…

Bientôt les loyers ne furent plus honorés et le propriétaire avec qui il entretenait  pourtant des relations amicales le fit expulser. Forcément l’argent prime sur tout et puis le proprio se moquait au moins autant que les actionnaires des soucis de monsieur Clément. Sans un sou, sa valise à la main, Guérard erra dans la ville s’éloignant le plus possible de son quartier.

Ses premières nuits dans la rue furent horribles, ensuite il s’habitua, c’est vrai que l’on finit par s’habituer à tout, sinon on se fout en l‘air. Au suicide il y songeait souvent monsieur Clément, se balancer dans la seine ou sous le métro il y avait bien pensé, mais il gardait une petite lueur d’espoir au fond de lui. Elle n’était pas bien grande cette flamme, toute petite même, il n’aurait pas fallu grand-chose pour l’éteindre, mais elle était toujours là…

Monsieur Clément, lui qui dans sa vie dorée ne donnait jamais la moindre monnaie aux mendiants, dut apprendre à tendre la main pour survivre et se payer les quatre bouteilles de vin qu’il ingérait maintenant quotidiennement .

Jamais il ne se mélangeait aux autres sans-abri, la loi du plus fort régnait, les bagarres étaient fréquentes, et monsieur Clément n’avait jamais appris à se battre. Il fuyait aussi les centres d’hébergement de nuit où on lui avait volé ses chaussures et refilé des puces.

L’amour n’était qu’un vague souvenir pour lui, au début il se faisait plaisir en solitaire en pensant aux bons moments avec sa femme. Une fois même il avait eu un rapport sexuel avec  " Princesse " une clocharde édentée au nez piqué par l’alcool et à la chevelure grasse, il avait d’ailleurs gardé quelques temps en souvenir d’elle une colonie de morpions. Maintenant c’était terminé il n’avait plus ni envie ni érection. De toute façon à part boire il n’avait plus aucun plaisir, le gros rouge c’est un peu le prozac et la cocaïne des pauvres.

Demain il cherchera un endroit où se laver et faire ses besoins. Puis comme tous les jours, il marchera dans les rues, faisant semblant d’être quelqu’un qui se rend quelque part, quelqu’un qui travaille avec un toit et une personne pour l’attendre le soir…d’être simplement " quelqu’un " finalement.

Ensuite il verra, il verra bien monsieur Clément…

 

 

 

 

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Vendredi 31 décembre 2010 5 31 /12 /Déc /2010 18:32

 

Aout 2010, je saute du TGV qui vient de s’immobiliser en gare. Nice me voici ! à moi les palmiers ! le soleil ! et la grande bleue !

Je me presse, traînant mon bagage à roulettes derrière moi tel un chien réticent.

 A l’extérieur, une bande de zonards avinés squatte le haut du trottoir. L’un d’eux, dans un fauteuil roulant, la barbe souillée de vomi, se pisse dessus. Le flot d’urine coule jusqu’au caniveau, je soulève ma valise enjambant son infortune.

Un taxi me dépose devant mon hôtel, un quatre étoiles, pas moins ! Ce n’est pas trop que je roule sur l’or, mais je me refuse à être plus tard le  mort le plus riche du cimetière…remarquez il me reste encore pas mal de  marge.

Le personnel se jette sur mon bagage, le réceptionniste, lui, s’adresse à moi en anglais, ai-je une tête de rosbif   ? …ou bien n’ont-ils jamais vu de Français ces gens là. Me voilà dans ma chambre enfin tranquille…pas vraiment, le bagagiste en livrée impeccable est toujours là… J‘ai pigé, je lui glisse un bifton dans la main … il s'éclipse la mine réjouie.

 

16h30, les plages sont noires de monde, mon dieu quel étalage de viande ! Par chance j’aperçois quelques galets inoccupés… après un itinéraire hasardeux au milieu de toute cette barbaque, évitant là une jambe, ici une tête, je parviens enfin à destination.

Une place de libre cela tient du miracle, mais très vite je comprends les raisons de sa vacance, les pieds d’un chanceux ont consciencieusement tartiné les pierres plates de déjections canines.

Finalement, le départ d’une bourgeoise  friquée, décorée d’or comme un sapin de noël  me sauve la mise.

  Magnifique ! c’est le mot pour qualifier l’interminable promenade des Anglais (où j’ai croisé plus d’asiatiques que de sujets de sa majesté ) franchement j‘aime beaucoup…pas la majesté : la prom‘s*  !

  De la place de l’ancien château la vue sur la  " baie des anges " est vraiment unique.                       Comme j’aimerais être un ange pour survoler ce paysage de rêve…mais aussi pour éviter de me farcir tous les escaliers de la descente, c’est vrai, il existe un ascenseur, mais je n’aime pas bien les ascenseurs.

  Que dire de la place Masséna, c’est le cœur de la ville, un très grand cœur, endroit sublime arrosé par de grandioses fontaines. Dommage que des esprits torturés y aient suspendu de laides statues de résine aux sommets de mâts.

   Le lycée du même nom (Masséna), admirable construction, m‘a envoûté. Tout le mal que je souhaite à une personne dont les mots me sont chers est d’y enseigner un jour…

   Cimiez avec ses belles maisons, ses arènes antiques, son monastère et ses jardins vaut largement le détour.

 Une visite s’impose pour les amateurs de Romanité au musée des arènes (de surcroit gratuit) .

  Je t’aime aussi Nice pour ton climat fait de soleil : du soleil le matin, du soleil le midi, du soleil le soir et du soleil la nuit…non pas la nuit, là je déconne… Mais la nuit tout grouille de vie, la prom’s comme la place Masséna où se produisent chanteurs, danseurs, jongleurs et musiciens, le tout avec plus ou moins de talent, mais finalement c’est la fête, le reste on s’en fout.

  La vieille ville : ses maisons, son dédale de petites rues, le cours Saleya, son marché aux fleurs, les produits locaux, frais ou séchés…les couleurs ! les odeurs ! les saveurs ! …franchement j’adore tout !

La cuisine niçoise est très goûteuse, la salade comme l‘assiette du même nom…et la socca, oui la socca que l’on mange à toute heure " chez René " ou ailleurs, avec les doigts ou pas, mais toujours devant un verre de vin, j‘apprécie vraiment !

  Le monument dédié aux enfants de la ville tombés lors des dernières guerres est le plus grand de France et l’un des plus imposants d’Europe, il m’a vraiment impressionné. Les plaques d’identité des 4000 Niçois morts au combat  pendant la première guerre y sont enfermées dans une urne scellée.

Ce gigantesque édifice gravé d’une interminable liste de noms bien rangés par guerre et ordre alphabétique, représente surtout des chairs martyrisées, des larmes, des souffrances, des familles éclatées, des veuves et des orphelins…

  J’ai dû passer pour un péquenot avec ma manie de jauger la hauteur et le diamètre des plus beaux palmiers… que voulez- vous par chez moi dans les villes on n’a pas le choix, c’est platanes ou tilleuls…

  J’embarque pour une croisière sur le port, il a des allures et des couleurs d’Italie ce port.

Que de jolis bateaux, avec de beaux équipages bien propres, bien habillés. Sur le pont de l’un d’eux, un nabab au ventre de baleine se fait dorer la pilule pendant que ses domestiques font la chaîne chargeant les caisses de champagne qu’un camion vient de livrer. 

  Me voici en mer, je fais le paparazzo mitraillant à tout va de mon pauvre APN les villas de "RMIstes"  accrochées sur la roche : Elton John, Bill Gates, Bono, Mick Jagger, Tina Turner …

  Aux abords de Monaco où je dois passer la journée de somptueux navires sont ancrés hélicos sur le pont prêts à décoller, les milliardaires c’est bien connu, tous de vrais fainéants.

La palme de tout ce qui flotte revient à un yacht propriété d‘un Saoudien, plus de cent mètres de long pour soixante hommes d‘équipage. Les lettres composant le nom du bateau :  " Lady Moura " sont en or massif…

Y a des jours comme ça où j’aimerais bien avoir une pince-monseigneur sur moi, rien que pour en décrocher une de lettre, histoire d’assurer mes vieux jours.

Je prendrais le  " M " d’abord parce que c’est le début de mon prénom…mais surtout car c’est une grande lettre, donc avec plus de métal jaune...

Mais il ne faut pas jouer à ça, ici à Monaco il y a un flic par voleur, et presque un par habitant même.

Si tu sors des passages cloutés tu te fais alpaguer . Et si tu ne réponds pas bien aux forces de l’ordre, c’est direct en tôle pour trois jours. Remarquez, la prison c’est la plus classe du monde avec vue imprenable sur la mer…

Sur le rocher, pas de mendiants, ni de clochards, ici tout est aseptisé. Les riches n’aiment pas voir des pauvres, peut-être même que ça les contrarie la misère, des fois qu’un petit sentiment de honte resurgissant de je ne sais où gâche leurs pensées l’espace d’un instant…   

Tout en béton qu’il est le rocher, du béton, encore du béton et toujours du béton, franchement trop bétonnée pour moi cette principauté, question de principe je n'aime pas le béton !

A la relève de la garde, on se croirait à Buckingham palace avec un temps beaucoup moins pourri fort heureusement.

Le musée océanographique, c’est un truc à voir, mais cela tourne quand même à l’overdose de poissons et à la fin c’est avec des branchies à la place des oreilles que l’on en ressort.

Les jardins exotiques, c’est le mieux, une féerie de plantes hors normes et très variées, la Méditerranée en toile de fond…

 

 

C'était quelques impressions écrites sur la tablette du TGV retour .

 

 

*  Promenade des Anglais

 

 

 

 

Nice

 

 

Place Massena

 

Monument aux enfants du pays

 

 

arènes

 

 

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Dimanche 12 décembre 2010 7 12 /12 /Déc /2010 05:41

 

 

 

J'avais dix ans, et déjà je parcourais les labours collants de ma terre Briarde à la recherche des objets du passé exhumés par les charrues.
Lorsque je revenais à la maison, crotté de boue de la tête aux pieds, le scénario était toujours le même, ma mère, feignant la colère me criait :

" Mon dieu Marco !... tu as vu dans quel état tu es ! … file vite te changer avant que ton père ne rentre ! " …
Ensuite, à l'abri des regards, dans la douceur de ma chambre à coucher, j'ouvrais le sac à goûter contenant mon butin de la journée et étalais mon trésor de guerre sur la table de mon secrétaire.
Ma récolte était assez éclectique, fers à chevaux, pierres polies et taillées, déchets métalliques en tous genres...
Mais ce qui m'attirait, me fascinait, c'était les magnifiques morceaux de poteries rouges couverts de motifs représentant des scènes de chasse, de guerre, ou des animaux fabuleux.
Je rêvais en voyant ces superbes chevaux à moitiés poissons courir sur la terre cuite brillante, espérant secrètement dans mon imaginaire d'enfant que ces créatures aient vraiment existé dans le passé.

Anatole, le vieux cantonnier m'avait appris que les tessons dataient de l'époque des Romains, " Avant Napoléon" avait-il  cru bon d'ajouter.
Mon instituteur, monsieur Parly, appelait cela : " De la céramique sigillée Gallo-Romaine" .
Ce maître d’école était un passionné de la période antique et passait son temps libre à fouiller la colline proche du village. En hiver, il continuait à creuser, réchauffant ses doigts gelés avec un vieux briquet fabriqué par les " poilus".

Un jeudi matin avec mon cousin Eric nous avions repéré deux personnes curieusement affairées dans le " champ des moines " , ils utilisaient des engins que je ne connaissais pas pour chercher dans le sol.
C'est ce jour là que j'ai vu pour la première fois des détecteurs de métaux…
Les hommes nous questionnèrent sur un avion qui aurait été abattu pendant la seconde guerre…

Nous ne répondîmes pas et tournèrent les talons, c'était des étrangers, sûrement même des Parisiens...

   Sur le chemin Eric me dit :

 " Parisiens têtes de chiens " .

- " Parigots têtes de veaux ", rétorquai-je aussitôt.

  Ensuite nous partîmes dans un fou rire…

 

 

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Samedi 6 novembre 2010 6 06 /11 /Nov /2010 16:37

 

Encore ce grand chêne vert ! j'étais déjà passé à côté il y a une heure de cela, cette fois je m' étais bel et bien perdu…

Après déjeuner j’avais quitté notre petite maison de campagne accrochée aux Cévennes, promettant à mon épouse de lui ramener des girolles pour le dîner ; mais le soir était là, mon panier était vide et moi j’étais inquiet.

 

Au fur et à mesure que la clarté baissait la forêt devenait inhospitalière, les arbres prenaient des aspects de créatures inquiétantes, les oiseaux nocturnes se manifestaient un peu partout. Ce n’était pas le fait de dormir à la belle étoile qui m’effrayait, mais plutôt la réaction de ma femme face à ma disparition.

 

La nuit s’était maintenant installée, des yeux brillaient derrière buissons et arbustes semblant m’espionner, ce qui n’était certainement que chevreuils ou sangliers se transformaient dans mon imagination en nains hideux et malfaisants. La lune, par bonheur était pleine et je suivais sans problème ce sentier caillouteux qui ne menait nulle part. Je décidai de le quitter et m’engageai dans un petit chemin escarpé, une chauve-souris volait devant moi comme pour m’ouvrir la voie. Le vent qui s’était levé soufflait de plus en plus fort, les arbres craquaient de façon sinistre...

 

Tout à coup je fus bousculé par la chute d’une branche, déséquilibré, je dévalai la pente en contrebas du chemin et terminai ma course face contre terre sur un petit plateau. Etourdi, je me relevai péniblement…une fois debout, je sentis une présence tout près de moi, je me retournai, à quelques mètres, éclairé par un rayon de lune, un jeune homme assis sur un tas de grosses pierres me fixait du regard. Un frisson me parcourut le corps tandis que mon cœur battait à tout rompre.

 

Le garçon qui ne devait pas avoir plus de seize ans restait immobile, un curieux vêtement de toile épaisse et grossière le couvrait. Ses cheveux longs tombaient en bataille sur des épaules étroites, un nez épaté et un menton en galoche rendaient son visage ingrat, au niveau de la tempe gauche une affreuse blessure sanguinolente le défigurait.

Je pensai aussitôt que lui aussi avait dû chuter du chemin. Je me rapprochai et après l‘avoir salué je le bombardai de questions...de la main il me fit signe de m’asseoir à ses côtés, ses yeux étaient inexpressifs, son teint blafard .

D’une voix monocorde à peine audible, l’étrange personnage  raconta :

« Il se nommait Gaspard, était l’aîné d’une fratrie de sept enfants. Sa mère était morte en couche en même temps que le huitième. Gautier, son père, cultivait un lopin de terre au lieu dit " les noues " près de Génolhac. La vie était dure et les assiettes souvent vides, lassé par la violence de son géniteur il avait quitté la maison et vivait de menus travaux chez les villageois, couchant dans des granges au hasard de sa route. Il était habile à piéger le petit gibier qu’il monnayait ou troquait contre du pain.

Les gens du château l’ayant surpris à braconner, lui fracassèrent la jambe avec une masse d’arme ; depuis Gaspard boitait ce qui lui avait valu le surnom de " Stropié ". " 

-Je le laissai  poursuivre sont récit, attribuant au coup sur la tête l’histoire abracadabrante qu’il me livrait…

« Un jour alors qu’il se promenait, Gaspard entendit des cris, il se rapprocha et caché derrière un buisson assista à une scène terrible : deux hommes cagoulés s’en prenaient à un riche marchand, le domestique de celui-ci gisait à terre baignant dans son sang. Les gredins finirent par égorger leur victime, puis le délestèrent de sa bourse.

Devant le cadavre du marchand ils ouvrirent l‘escarcelle, la vision de son contenu les fit bondir de joie, ils entrèrent ensuite dans la forêt sans courir. Stropié les suivit à distance discrètement, les assassins marchèrent vingt minutes puis s’arrêtèrent au pied d’un grand rocher. Pendant que l’un faisait le guet, l’autre dégagea la terre au pied de la roche, découvrit une pierre plate qui dissimulait une petite cachette et y glissa la bourse après l’avoir embrassée. Les deux hommes retirèrent ensuite leurs cagoules et les jetèrent dans la cache .

Gaspard à l’abri derrière des fougères les reconnut aussitôt, les assassins étaient Maurin le forgeron et son aide.

Les  complices après avoir vérifié que rien n’était visible repartirent tranquillement.

Gaspard se rua vers la grosse pierre, il trouva facilement l’endroit grâce à la couleur de la terre fraichement remuée. Rapidement il extrayait le bien volé, le vida dans sa main ouverte, six monnaies d’argent tombèrent suivies d’une magnifique pièce d’or à " l‘agnel " brillant de mille feux. Le jeune homme était ébloui, fasciné ; lui le gueux, l’infirme moqué de tous, possédait une monnaie d’or !…

 

Des cris résonnèrent, Gaspard tourna la tête, les égorgeurs étaient revenus et fonçaient sur lui menaçants.

Stropié laissa les monnaies d’argent à terre et s’enfuit avec " l'agnel d‘or ", mais son handicap le ralentissait et les bandits étaient rapides, il savait qu’ils allaient le rattraper. Tout en courant l’infirme avala la pièce, continua encore quelques mètres, puis en se retournant sur ses poursuivants ramassa discrètement un caillou en leur criant :

" Vous n’aurez pas l’or !  et de toutes ses forces il expédia le caillou au loin...le geste de Gaspard fit réagir Maurin.

- Tu vas le payer Stropié ! "  .

Les brigands se lancèrent sur lui, Gaspard avait déjà son couteau en main et il savait s’en servir : l’année passée à la foire d’Alès il avait piqué au coeur un bougre qui le menaçait... L’aide du forgeron,  le premier au contact, reçut une profonde estafilade sur la joue. Son maître faisait tournoyer un gros bâton ferré à une extrémité, Stropié esquivait bien et défendait sa vie comme un diable, mais sa jambe malade faiblit puis plia, aussitôt il fut déséquilibré, c’est le moment que choisit le forgeron pour lui asséner un coup mortel au niveau de la tempe. Gaspard vacilla, lâcha son couteau et s’étala de tout son long. Les assassins fous de rage s’acharnèrent sur le corps à coups de pied, puis prirent la décision de cacher leur victime… »

 

-J’étais atterré par son récit, ne sachant plus que penser...lorsqu’une main se posa sur mon épaule me secouant énergiquement … les égorgeurs m‘attaquaient !… je saisis le bras de l’agresseur violemment.

Une voix s’éleva :

" Aïe tu me fais mal ! arrête ! réveille-toi, nous sommes en gare de Nîmes ! " 

Je m’étais donc endormi ! Gaspard, les assassins, tout n’était qu’un rêve !

J’étais à la fois rassuré et en même temps un peu déçu en ouvrant les yeux, découvrant le wagon et ma femme qui se préparait à en descendre…

Dans le taxi qui nous conduisait à notre maison située dans les environs de Génolhac, j’avais déjà oublié ce curieux rêve et plaisantais avec le chauffeur qui était aussi un ami.

La première semaine de vacances fut consacrée à aménager et décorer notre habitation . Un matin alors que j’ouvrais ma boite aux lettres, le chien de la ferme voisine vint me rendre visite. C’était un croisé caniche/bichon de couleur noire dénommé "Chiffon " , un croc inférieur prognathe lui donnait l’impression de sourire. Remuant la queue en tournant autour de moi, il m’invitait à la promenade, je cédai avec plaisir et le suivis. Il emprunta la voie antique de Régordane devenu chemin de grande randonnée, puis une sente longeant la montagne…

 

Qu’elles sont belles ces Cévennes avec leurs paysages mille fois changeants enchantant les yeux et le cœur des hommes. Terre pétrie d’histoire et de légendes mystérieuses, pays de créatures maléfiques : loups-garous et roumèques. Cette belle région au protestantisme bien implanté fut le théâtre d’embuscades et de combats sanglants opposant les camisards aux dragons de Louis XIV...

Nous nous étions bien enfoncés dans le massif, et " Chiffon " avait disparu à la poursuite de quelques gibiers, quand au détour d’un chemin je reconnus le chêne de mon rêve. Tout me paraissait familier maintenant, le petit chemin était là et un peu plus loin la branche qui m’avait fait perdre l’équilibre et chuter. Je descendis prudemment pour accéder à l’endroit de ma rencontre avec Gaspard. Sur le plateau je découvris rapidement le tas de pierres, au grand jour cette fois, une souris en sortit, puis disparut dans la mousse épaisse. Sans savoir trop pourquoi, je commençai à enlever les pierres, certaines étaient vraiment lourdes, vingt bonnes minutes plus tard, il ne restait que celles du bas, en les ôtant, j’eus un mouvement instinctif de recul, je venais d'exhumer des ossements, ayant l'esprit cartésien je pensai qu’un animal avait été enterré là par son maître…

Mais la découverte quelques minutes plus tard du crâne mêlé à de la terre ne laissa plus aucun doute sur l’appartenance du squelette à l’espèce humaine.

Qui pouvait être enterré à cet endroit, loin de tout ? j’eus la réponse rapidement, en dégageant les côtes je mis à jour une chose qui me fit sursauter et pâlir, un objet qui remettait en cause toute rationalité et me laissait dans un profond questionnement...

Je venais de découvrir une monnaie, une pièce qui simplement frottée entre mes doigts brillait comme six cents ans auparavant dans la main de Gaspard : " l’agnel d’or "....Stropié s’était-t-il vraiment manifesté à moi, me guidant jusqu'ici ou était-ce simplement l’œuvre du hasard ?

Je mis longtemps à la réflexion assis au pied d’un châtaigner fixant du regard la tombe.

Finalement je récupérai les restes un à un, me servant de mon manteau défait comme d’un baluchon et rebroussai chemin, cela me semblait si extraordinaire et si irréel que je me surpris à me pincer pour vérifier que je ne rêvais pas encore une fois.

 

En début de soirée, un grand sac à la main, je sonnais à la porte du presbytère du village. Bien que je ne fasse pas partie de ses ouailles, ni adepte de ses préceptes, le vieux curé me reçut chaleureusement.

Assis devant un café je  contai mon aventure, le prêtre écouta mon récit avec attention. Cet homme affable était aussi un historien passionné par la période moyenâgeuse. Je passai un excellent moment en sa compagnie, il m’engagea même à lui rendre visite à l’occasion .

En me raccompagnant il m’assura que Gaspard aurait une sépulture décente, et qu’il prierait pour le repos de cette âme tourmentée.

Je le remerciai et pour ses bonnes œuvres... je fis don de la monnaie d’or…

Les vacances étaient maintenant terminées, le taxi traversait le village nous emportant vers la gare de Nîmes.

 Soudain, à la sortie du virage face au cimetière je vis Gaspard ! il était là, au milieu de la route avec  " Chiffon " .

Le chauffeur freina, s’arrêtant à un mètre d’eux.

" Le voyez-vous ? m’écriai-je excité. 

- Bien oui ! c’est le chien de la ferme, répondit mon épouse."

J’étais donc le seul à le voir !... je n’insistai pas et murmurai :

" Oui, c’est "Chiffon"... rien d‘autre. " 

Le véhicule redémarra, je regardai Gaspard fixement, il me sourit en saluant de la main, peu à peu l’apparition s’étiola puis disparut complètement, comme volatilisée…

 

  

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Par Marc.Gino - Publié dans : Textes - Communauté : partage
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Lundi 26 juillet 2010 1 26 /07 /Juil /2010 14:16

 

     Toutes les années se suivent inexorablement,
      La peau plisse et se creuse de ceux qui furent enfants.

      Dans cent ans, deux cents ans, ou même bien avant,
      Quand j’aurai disparu de la mémoire des gens.

      Ne restera de moi qu’une pierre me couvrant,
      Usée et délavée par les assauts du temps.

      Ainsi qu’un vase cassé déjà depuis longtemps,
      Seul témoin survivant des jolies fleurs d’antan.

 

 

 

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Par Marc.Gino - Publié dans : Poèmes - Communauté : écrire c'est hurler en silence
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